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26.04.2009
Si la mondialisation était un train.... le PS serait une vache
1989 et la chute du mur auraient du représenter un monumental coup de chance pour le Parti Socialiste Français. Imaginez un peu : Six ans plus tôt, François Mitterrand faisait le choix de l’intégration européenne en mettant en place une politique de rigueur. Adieu idéal socialiste et bonjour gestion. Et le problème de la gestion, c’est que c’est tout de même loin du standing du parti héritier de deux cents ans de positionnements progressistes et d’évolutions de la société. La gestion, ça ne fait pas rêver aux lendemains meilleurs. Et rêver aux lendemains meilleurs, c’est un peu dans l’ADN de tout parti de gauche. C’est vendu avec l’adhésion, c’est même la première valeur ajoutée. La gestion, c’est le plus-produit du parti d’en face ! Heureusement donc, en 1989, l’Histoire vint gentiment au secours du Parti Socialiste Français en faisant chuter le communisme...
L’occasion de remettre les pendules à l’heure était belle. On allait voir ce qu’on allait voir ! Quelle plus merveilleuse occasion qu’un changement de monde pour s’y adapter ? Vingt ans après… comme dans tout mouvement de fond sans fond, le débat s'est déplacé sur la forme. Les dirigeants du PS ne semblent pas se demander ce qu'ils peuvent faire pour le monde mais bien ce que le monde peut faire pour eux. Le fait que l'un d'entre eux soit nommé à la tête du FMI ne se traduit pas par une questionnement sur la meilleure façon d'utiliser ce levier pour appliquer leurs idées mais essentiellement par de savants calculs sur l'impact qu'aura cette nomination sur la future course des présidentielles. Mais quid des lendemains heureux ? Où est passé le retro planning ? Le problème est dans la taille des leviers. Dans le monde d’aujourd’hui, les principaux leviers pour changer la vie des Français sont internationaux. On peut dire qu’ils sont trop gros pour les petits bras d’un parti ou d’un gouvernement national, on peut dire que les électeurs ne sont pas prêts mais la réalité est là. Cette difficulté n’aurait pas du être un frein. La Politique étant justement aller plus vite que la société. Mais la société mondiale, le Parti Socialiste Français a choisi de la regarder passer. Le PS a regardé passer l’écologie. Il n’a accepté l’alliance avec les Verts que comme une nécessité électorale. Depuis vingt ans, la commission économie n’a jamais laissé passer une mesure écologique susceptible de remettre en cause les programmes successifs du Parti. Et aujourd’hui encore, si l’on demande aux experts et militants les noms des interlocuteurs à la fois crédibles et suffisamment décideurs au sein des partis sur ces questions, on trouve beaucoup de Verts et quelques personnalités politiques… de droite (NKM, Corinne Lepage). Le PS a regardé passer la mondialisation politique. Aujourd’hui, ce sont plus des deux tiers des décisions de l’Assemblée Nationale qui sont l’application de directives et d’autres décisions européennes. Loin d’être une réalité intangible, ces décisions correspondent à autant d’accords internationaux votés par des pays dont la France. Le PS a regardé passer la mondialisation économique. Il y a 20 ans, les entreprises représentaient un tiers des cent premières entités économiques. Elles en représentent aujourd’hui les deux tiers (1). Quel défi politique ! Quelles nouvelles lectures du monde ! Quelles alliances potentielles! C’est logiquement qu’en retour beaucoup sont passées à coté du PS. Les militants de Génération Précaire et de Jeudi Noir auraient sans doute rejoint les cadres d’un PS « à jour ». Les jeunes entrepreneurs du commerce équitable et de l’autre nouvelle économie auraient sans doute du s’y sentir chez eux. Et William Bourdon, Sherpa, Eva Joly et ceux qui cherchent à influer la mondialisation plutôt que la gestion de ses conséquences nationales auraient sans doute rejoints ses dirigeants. Voir le PS comme une force inutile serait injuste. Son dernier exercice du pouvoir a amené des changements sociétaux, changements d’adaptation inspirés par les analyses de Michel Rocard, d’Edmond Maire et d’autres… à la fin des années 70 mais changements réels. Mais il se trouve qu’une question comme, entre autres exemples, celles des paradis fiscaux représente un enjeu d’une autre importance pour notre avenir que les 35 heures ou les emplois jeunes. Il faudra bien sûr plus d’un G20 pour réformer les paradis fiscaux mais ce levier est accessible et les dirigeants ou futurs dirigeants d’un membre du G8 ont plus qu’un rôle à jouer dans son enclenchement. Pour l’anecdote, cette question avait été brillamment pressentie il y sept ans par deux jeunes loups d’alors du PS, Arnaud Montebourg et Vincent Peillon. l’un et l’autre ont préféré depuis concentré l'essentiel de leurs énergies sur des positionnements internes au PS3. Le plus inquiétant est que ce choix semble logique. La tribune d'Arnaud Montebourg sur le sujet (2) a eu un impact médiatique bien plus faible que ses principales déclarations sur les débats de pouvoir interne au PS. Aujourd’hui, alors que, très logiquement, cette question connait ses premières heures en tant que thème politique international, le PS la regarde également passer. Le problème est au cœur de la matrice socialiste. Tout lobbyiste vous le confirmera : vous voulez convaincre le PS de faire évoluer son programme ? Deux arguments représentent l’unique point commun des attentes de ses dirigeants. Les gains en électeurs et les gains en militants. Et c’est précisément de cette conviction sincère, de ce logiciel commun de vision du monde qu’aura besoin le prochain parti qui montrera un chemin d’avenir. Ce chemin passera par une nouvelle vision des leviers politiques. Il passera par un thème que l'on retrouve de facçon transversale dans les vrais débats de demain, paradis fiscaux comme propriété intellectuelle, celui de la création d’une relation Etats Entreprises totalement nouvelle (3). Ce chemin commencera assurément par une traversée du désert électoral. Être en avance exige toujours une grande patience. Demandez donc à Philippe Le Bel, Richelieu ou De Gaulle. Ce chemin n’est pas aujourd’hui résumable en une série d’initiatives législatives internationales. Il ne pourra se dessiner que petit à petit en fonction de deux critères en plein bouleversement : les décisions des nouvelles puissances-pays ainsi que l’évolution des classes moyennes et de leurs représentants. Résumons : un chemin flou, en construction et plus que risqué électoralement. Mais relisez un instant les propositions du PS. Sincèrement, combien miserez-vous sur leur chance de permettre aux Français d’affronter les enjeux du monde de demain? 1 : D. Carreau et P. Julliard, Droit international économique, Dalloz, 2e éd. 2005, n°14, p. 26. 2 : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/04/14/la-lutte-contre-les-paradis-fiscaux-suppose-des-sanctions-concretes-par-arnaud-montebourg_1180480_3232.html 3 : sur le sujet des nouveaux rapports Entreprises/Etats, lire l’(excellent) article de Mireille Delmas Marty http://www.goodplanet.info/goodplanet/index.php/fre/Contenu/Points-de-vues/Globalization-and-multinational-corporations/(language)/fre-FR) )
12:03 Publié dans A vous de juger | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : ps, mondialisation, développement durable, politique


Commentaires
Relation Etat - Entreprises, le futur des lendemains qui chantent ? Qui déchantent oui. Vous ne pouvez pas "taper" sur les entreprises, contraints que vous êtes d'attendre des financements privés pour vos associations, vos Organisations Si Gouvernementales.
Et quand je vois les références historiques, cela me laisse pantois...
Quid des pauvres .... Des opprimés ...
Ecrit par : David | 28.04.2009
Si les vrais changements sont aussi fréquents que les articles sur ce blog, nous sommes entrés dans une période d'immobilisme radical...
Bonne continuation,
F
Ecrit par : Frédéric | 21.09.2009
En fait, je lance un nouveau concept de blogging, l'ultra slow, un post tous les 6 mois.
Ecrit par : Jean-Philippe | 21.09.2009
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