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30.06.2008
Où militer aujourd'hui pour avoir une voiture de fonction demain ? (courrier des lecteurs)
Cher Monsieur,
La volonté exprimée par votre fils de «rejeter la société de consommation et le néolibéralisme sauvage des élites mondialisées» semble effectivement poser de nombreux problèmes au sein de votre cellule familiale.
Je comprends en effet aisément l’impact négatif sur l’ambiance des réunions familiales que peut avoir la volonté de Kévin de «vomir Noël, la fête des mères et tous les autres symboles pourris des oppressions religieuses comme capitalistes d’ailleurs».
De plus, à partir du moment où votre enfant refuse de «rejoindre n’importe laquelle des écoles des moutons du capitalisme, [ces] véritables fabriques de futurs esclaves volontaires des multinationales», ses choix d’orientation professionnelle semblent, au mieux, incertains.
La question que nous devons nous poser est la suivante : Comment doit réagir l’éducateur parental face à pareille situation ?
Si elle a le mérite de la simplicité, je ne crois pas que la méthode que vous suggérez (des «coups de pieds au cul pour le remettre dans le droit chemin ») soit pertinente.
De même, l’«envoi dans un camp d’encadrement militaire» ne me semble pas envisageable à court terme. Si nous ignorons si ceux–ci étaient prévus pour répondre aux problèmes d’orientation, la candidate qui les suggérait n’a de toutes façons pas été élue.
Mais un bon éducateur ne doit jamais désespérer : Figurez-vous en effet que votre situation n’est pas sans évoquer de troublantes similitudes avec celle vécue par les parents des petits Nelson et Vladimir il y a quelques années.
Ces derniers n’étaient pas certains que les choix d’orientation de leurs enfants (respectivement « l’Association Nationale des Combattants » et l'« Union de lutte pour la libération de la classe ouvrière ») étaient les plus pertinents en matière d’intégration professionnelle réussie. Les sociétés sud-africaines et russes étaient, de fait, plutôt sévères à l’époque vis à vis de telles initiatives.
Et pourtant, Nelson M. et Vladimir I. ont fait leur bonhomme de chemin !
Cet objectif d’orientation professionnelle n’est pas une voie de garage : chaque décennie a connu des mouvements alternatifs qui ont fourni à la Société une bonne partie de la classe dirigeante… 10 ou 20 ans plus tard.
Il se trouve de plus que de nos jours, ces voies de traverse sont infiniment moins risquées qu’à l’époque de Nelson et Vladimir.
Ce risque fut sans doute présent en France pendant la seconde guerre mondiale. Durant cette période, il pouvait en effet se révéler particulièrement important de choisir le bon camp avant de savoir qui allait l’emporter.
Mais passée cette période, le militantisme est redevenue une activité assez proche des activités scolaires (expression orale, expression écrite, collage d’affiche et autres travaux manuels) :
La nébuleuse des mouvements autour de mai 68 a fourni un nombre incalculable de responsables politiques, médiatiques et économiques. Ce qui est assez logique du fait de la proportion d’étudiants qui avait participé aux évènements.
Il est plus pertinent de s’intéresser à ceux de ces nombreux mouvements qui malgré des tailles réduites ont fourni de forts contingents de décideurs.
L’Organisation Communiste Internationaliste fut un pourvoyeur varié avec aussi bien du Premier Ministre (Lionel Jospin), du député (Jean-Christophe Cambadelis) que du Sénateur - de droite qui plus est - (Jean-Paul Alduy).
La Ligue Communiste Révolutionnaire se défendit correctement avec une double spécialisation en Ministre (Pierre Moscovici) ou Députés (Julien Dray, Jean-Christophe Cambadelis ou François Rebsamen)
La Gauche Prolétarienne fournissait une formation plus variée avec du président de mutuelles (Jean-Pierre Le Dantec) mais également du patron de presse (Serge July) ou du psychologue comme du philosophe médiatique (Gérard Miller, André Glucksman).
De l’autre coté de l’échiquier, qui aurait pu parier qu’une expérience dans la petite association d’extrême droite Occident qui se proposait notamment dans ses slogans de tuer «les communistes partout où il se trouvaient» serait la clé de réussites sociales aussi variées que Ministres (Alain Madelin, Hervé Novelli, Gérard Longuet), Députés (Claude Goasguen, Jean Jacques Guillet) membre du conseil national (Alain Robert) ou dirigeant de parti majoritaire (Patrick Devedjian) ?
Concernant maintenant les filières spécialisées, une bonne partie de la fine fleur des futurs dirigeants écologistes des années 90 et 2000 (Yves Cochet, Brice Lalonde, Dominique Voynet…) dégusta ses premières crêpes au tofu flambé au sein des Amis de la Terre, période fin des années 70, début des années 80.
Il est à noter que la Gauche Prolétarienne et Occident remirent alors au goût du jour les activités risquées de plein air (kidnapping, maniement de barre de fer, explosifs pour les plus scientifiques) mais ces initiatives n’étaient pas alors tant imposées par le contexte historique ou l’occupant que par une ferme volonté des animateurs de « déclencher la révolution » dans un délai court.
Les animateurs de la Gauche Prolétarienne rappelant sur le sujet que «Le combat des travailleurs [n’avait] rien à voir avec la Fête à Neu-Neu ».
Les degrés d’impact sur la Société de ces leaders et de leurs mouvements sont particulièrement variés.
- C’est au sein de certains d’entre eux que se sont construits les futurs mouvements de la société civile sur les causes féministes et homosexuelles
- Parfois l’Histoire fut plus taquine. Ainsi c’est une menace de raid punitif d’Occident au sein de La Sorbonne le 30 avril 1968 qui a amené les étudiants à s’armer, initiative qui a déclenché une intervention policière, elle-même en partie responsable du déclenchement du plus grand événement… gauchiste français du 20ième siècle.
Mais laissons à Kévin ces considérations humanistes (d’autant plus qu’il est nécessaire qu’il continue au moins quelques années – voire beaucoup plus si il se sent la fibre d’un Nelson ou d’un Vladimir - à croire sincèrement en la révolution) et parlons orientation professionnelle.
Que devons-nous donc en retenir pour le parcours post scolaire du petit Kévin ? :
- En premier lieu, il se doit de rejoindre un mouvement avec une ambition à minima national. Le Forum social des libertés pour une économie solidaire en Charente à laquelle il adhère ne peut représenter qu’une étape de son parcours.
- Il faut en suite s’assurer que ce mouvement a une action clairement politique voire révolutionnaire.
- Enfin, ce mouvement doit permettre à votre petit révolutionnaire d’avoir de réelles responsabilités.
Un prochain article nous permettra t’étudier les mouvements qui répondent en 2008 à ces trois critères. Nous essaierons par ailleurs de voir ce qui les rapproche et les distingue de leurs prédécesseurs. N’hésitez pas à l’encourager dés à présent à réfléchir à cette liste par des travaux personnels.
Dans cette attente, je vous prie de bien vouloir recevoir nos salutations éducatives.
Le courrier des lecteurs
PS : Au delà de la simple fierté de voir un jour votre petit garnement recevoir les distinctions les plus élevées de la République (peu des personnalités citées n’ont pas eu droit – au minimum - à une légion d’honneur), cette solution permettait par ailleurs de répondre à la seconde inquiétude que vous exprimez dans votre courrier: Comment faire «fermer le clapet de [votre] c… de belle –sœur et de son a…. de mari» sur le brillant parcours commercial de leur progéniture?
Sources :
Génération 1 et 2 – Hervé Hamon et Patrick Rotman – Points
Génération occident – Frédéric Charpier – Seuil
La cause du peuple- numéro de décembre 1968
Les maoïstes – Christophe Bourseiller - Points
11:40 Publié dans Autour de la question | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : politique, engagement, gauche prolétarienne


Commentaires
Excellent article qui montre bien que même avec un parcours associatif ou militant, même dans des partis non conventionnels (surtout dans ces partis ?), on peut faire ensuite une belle carrière profesionnelle (certes, en perdant un peu de vue ses objectifs révolutionnaires).
L'auteur aurait aussi pu citer Denis Kessler, passé également par la Gauche prolétarienne, maoïste, et devenu Vice-Président du MEDEF, Président de la Fédération Française des Sociétés d'Assurances ou encore administrateur de sociétés comme BNP Paribas, Dexia, Bolloré, Dassault Aviation ou encore INVESCO.
Aujourd'hui, quels sont les nouveaux mouvements révolutionnaires ? Probablement ceux qui se réclament de l'écologie (ex : Greenpeace), ou des mouvements proches des situationnistes (ex : Jeudi Noir) ou activistes (ex : Act Up). La nomenclatura économique les regarde de travers, car ils sont hors normes et dérangeants. Mais ce sont d'excellents centres de formation pour futurs dirigeants, qui auront tout compris et appris de la manipulation des médias, de l'action qui fait mouche, de la capacité de jouer sur les réseaux, etc.
Rendez-vous dans 20 ans pour savoir ce qu'est devenu le petit Kevin. Ainsi que les membres actifs des collectifs suscités.
Ecrit par : Ludovic Bu | 30.06.2008
Mmmm je fais tourner aux petits camarades de GP et autres situationnistes de Jeudi Noir !
Tres bien trouvé en tous cas;
A+
Julien
Ecrit par : Bayou | 01.07.2008
Sauf que votre enfant risquerait assez rapidement de devenir un très vilain terroriste si on en croit notre cher gouvernement : voir le CP du syndicat de la magistrature sur le sujet
"la Direction des Affaires Criminelles voit des terroristes partout"
http://www.syndicat-magistrature.org/spip.php?article724
et surtout voir la jolie pièce jointe!
à bon entendeur...on a même pas peur!
kty
Ecrit par : Cathy | 01.07.2008
tiens, ravi de vous relire Mr Teboul...
Ce qui m'étonne c'est que l'on considère qu'il faille absolument quele mouvement soit a) petit b) révolutionnaire c) politique et surtout d) paré de l'aura mystique de la nouveauté et du hype pour qu'il aie un impact vingt ans après.
A bien chercher , il y a aussi plein de cadres qui sont sortis des jeunes giscardiens voire qui furent balladuriens (qui attendent dans 10 ans leur revanche et le retour des chaussettes rouges niark)
On nous présente un kessler qui a fait la grande traversée, mais a t on des exemples contraires ? Des bons réac se transformant en pur révolutionnaires ? Ou alors ne changerait on pas un peu le curseur reac/révolutionnaire à notre insu ? Qui labellise ?
Ecrit par : frédéric cuignet | 01.07.2008
Chacun s'entend bien ici sur le fait que l'important est l'avenir du petit Kévin.
On aurait pu effectivement lui citer tous les mouvements classiques et autres écoles de cadres des partis dont sort logiquement une bonne partie des dirigeants : le PS, le PSU, l'UNEF ID voire même les jeunes de l'UDR (certifié accélérateur de carrière par Nicolas S.) .
Mais, n'en doutons pas, Kévin considérerait son adhésion comme une social-traitrise et organiserait immédiatement son propre procès politique.
Ecrit par : Jean-Philippe Teboul | 01.07.2008
BON DEPART
Ecrit par : Nina_Tool | 21.09.2009
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