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30.04.2008
Un autre monde est possible... mais lequel, boudiou ?!
J'aime beaucoup ce titre car il est déclinable à l'infini : «Ce n’est qu’un début, continuons quel combat ? » (version République/Nation/Bastille), , «Faut bouger le système cousin mais dans quel sens déjà? » (version Streetwear), «On ne va pas tarder à trouver un projet» (version Parti Socialiste Français).
Cette absence d’objectif de la plupart des mouvements contestataires se concrétise par une même stratégie : compter sur l'émotion suscitée par les constats écologiques et sociaux mis en avant pour s'exonérer de toute cohérence globale des revendications.
On peut également retrouver cette absence dans les œuvres militantes. Le film «American Dreamz » présente comme utopie un sosie de Bush avouant…qu’il ne sait pas ce qu’il faut faire. La bande dessinée « Garduno en temps de paix » aligne quant à elle les tristes constats de l’état du Monde en proposant au final… de rejoindre ceux qui « luttent contre ».
De tous temps, les mouvements de changements généreux et altruistes ont eu une certaine difficulté à éviter un écueil, se contenter de lutter « contre le système ». Expression adolescente qui sera toujours intraduisible en changements fondamentaux, heureux et pérennes.
Une solution existe pour éviter de lutter contre la société en général : se concentrer sur celle d’aujourd’hui.
Et il se trouve que les (tristes) constats à la base des mouvements contestataires sont en lien avec la principale évolution du monde d’aujourd’hui
- Quels sont les principaux constats ? : exploitation des ressources écologiques supérieures aux capacités et décalage des flux alimentaires et des dépenses de Santé avec les besoins mondiaux,
- Quelle est la principale évolution des vingt dernières années ? : la perte de pouvoir des Etats dans leurs relations avec les entreprises.
De tous temps (bis), les Etats ont été les garants des objectifs de préservation des ressources et d’accès aux besoins vitaux.
Qu’ils n’y réussissent pas toujours par incapacité ou malhonnêteté de leurs dirigeants n’est pas une nouveauté historique. Mais le fait qu’ils perdent chaque jour un peu plus la possibilité de le faire en est une.
Au cours des dix années qui ont suivi la fin de la guerre froide le chiffre d’affaires des entreprises multinationales a doublé. Aujourd’hui sur les cent plus grandes entités économiques, plus des deux tiers sont désormais des entreprises.
Ajoutez à cette réalité la « diminution exponentielle » (pléonasme? oxymore?) du cout des transports depuis 50 ans et vous obtenez une possibilité accrue pour toute grande entreprise de jouer sur la concurrence entre plusieurs dizaines d’Etats.
La conséquence est simple : en 2008, il devient beaucoup beaucoup difficile à un Etat d’imposer une condition sociale ou environnementale à une entreprise.
Au bon vieux temps où l’essentiel des activités d’une entreprise était concentré sur un même pays, l’argument de l’accès au marché pouvait suffire :
« Vous souhaitez produire et vendre chez nous ? Nous nous en félicitons. Il vous suffit pour ce faire de ne pas polluer plus que ceci ni de payer vos salariés moins que cela. Me suis-je bien fait comprendre?»
Mais dans le monde de 2008, la réponse la plus probable est la suivante :
«Vous êtes limpide, cher Monsieur. Mais je me dois de vous dire que vos voisins m’attendant, je n’ai que peu de temps pour discuter de ces conditions,. Aussi, au delà de votre renoncement à ces conditions, vous serez bien courtois de préparer pour mon prochain passage le montant des subventions qui accueilleront notre (très éventuelle) venue. Bien aimable à vous »
En bref, je parie avec qui veut que la prochaine révolution sera dans l’invention d’un nouveau mode de rapport entre groupements d'États et entreprises (prévoir une période de 5 à 10 ans pour savoir qui a gagné le pari).
A suivre...
Sources :
« American Dreamz » Paul Weitz - 2006
« Garduno en temps de paix » Philippe Squarzoni. Les Requins Marteaux, 2002
Article « Globalisation et sociétés transnationales » Mireille Delmas-Marty
Droit international économique D. Carreau et P. Julliard, Dalloz, 2ème éd. 2005, n°14,
15:30 Publié dans Vrais changements | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note


Commentaires
Bonjour merci, pour cet article très intéressant !
Juste pour la précision que les mouvements du lutter "contre", lutte en général toujours "pour" quelque chose de mieux... à moins d'être ado attardé comme vous dites !
Ecrit par : zébulon | 02.05.2008
Bonjour,
constat fondé et analyse vraie en partie, à ceci près que les interlocuteurs des entreprises qui pourront à l'avenir avoir du poids ne sont pas les Etats, mais les groupements d'Etats (d'où l'intérêt de la strate politique européenne). Eux seuls disposent d'une aire d'influence suffisante pour s'opposer efficacement aux grandes entreprises. Cf habermas "Après l'Etat Nation" notamment.
Ecrit par : Th de Lyon | 03.05.2008
Effectivement, le soulignement du "s" à la fin de États était peut-être un peu léger. Je corrige. Merci.
Ecrit par : Jean-Philippe | 03.05.2008
Bonjour,
ravi de voir que nos conclusions sont parallèles : aujourd'hui, le pouvoir politique ne peut qu'être à un niveau international s'il veut pouvoir répondre au pouvoir économique.
Malheureusement, les solutions existantes ne sont pas satisfaisantes. L'Europe ne suffit presque déjà plus, et on l'empêche de fonctionner à plein. L'OMC, mondiale elle, ne fonctionne pas suffisamment démocratiquement et n'a pour but que le développement du commerce, sans considérations écologistes.
Mais c'est sûrement par ces deux entitées, et d'autres mondialisées, que l'on trouvera une réponse. Une fois que les politiciens de tous pays arrêteront de nier leurs impuissances nationales et continueront à mettre sur le dos de l'Union européenne et de l'OMC tous les maux du monde...
Ludovic
Ecrit par : Ludovic Bu | 05.05.2008
plus je lis les écrits sages de Monsieur Jean-Philippe, plus je suis d'accord avec ses propos.
Donc : bravo et merci à toi d'éclairer tes quelques lecteurs avec autant de clarté.
pour te répondre Ludovic : je crois que l'OMC et l'Europe, voire même l'ONU, doivent utiliser d'autres méthodes que celles qu'on a pu connaître jusqu'à maintenant.
J'ai toujours pensé que pour changer un système il fallait être à l'intérieur du système, et je vais passer outre les Matrix et autres fictions :-)...
Ceci dit, tous les organismes internationaux ont ceci de délicat pour faire changer les pratiques des sociétés privées qu'ils ne sont pas à l'intérieur de ces milieux privés, mais tout au mieux à côté, et qu'aujourd'hui il me semble que la pression, ce fameux lobbying, est plutot dans le sens entreprises vers institutions, que l'inverse ?
Des avis ?
belle et radieuse journée à toutes et tous !
Mike
Ecrit par : Mike - écolo pratiquant et amateur des propos engagés de JP | 08.05.2008
Je viens de découvrir le blog et j'aurais volontiers commenté chaque article mais on ne peut commenter que le dernier en date semble-t-il. Pour celui-ci donc, si je comprends bien, l'actualisation de la lutte des classes n'oppose plus Prolétariat à Bourgeoisie mais groupements d'États à Multinationales...
Ce que j'aimais bien dans l'ancienne grille d'analyse, c'est que pour qu'un autre monde soit possible, il fallait des citoyens qui le voulaient. Si aujourd'hui le rôle du citoyen se résume à peser sur un État pour qu'il pèse dans un groupement d'États qui doit lutter contre des multinationales (qui n'ont a peser que sur le Marché) ce n'est pas de la dilution mais de la désintégration de responsabilité.
Je reste convaincu qu'un alter-citoyen peut affronter Monsanto sans le soutien initial de la France, ni de l'Europe et peser lourdement comme ont pu le faire les fonds de pension qui ne sont pas des groupements d'États (cf "le jour où l'on aura la santé").
Ecrit par : Fred - Toulousain, con ! | 25.06.2008
En réponse à Fred, Toulousain pas con, je dirais que si on fait un "retroplanning" des avancées sociales et environnementales (on part d'une avancée et on regarde comment elle est arrivée), on voit généralement que les deux leviers (entreprises et États) ont été nécessaires.
C'est le cas dans le passé et ce le sera dans l'avenir :
- Aujourd'hui, aucune règle contraignante (une loi le "demande" sans sanctions pour ceux qui ne le font pas) n'oblige une entreprise à informer sur son réel impact social et environnemental
- Du coup, si vous lisez les informations disponibles sur Peugeot et Renault, (ou Carrefour et Auchan ou Bouygues et Vinci...), pas moyen de savoir qui est le meilleur sur ces critères.
C'est le jour ou l'ETAT ou les ETATS obligeront les entreprises à cette information que le CITOYEN pourra choisir ses achats ou placements en fonction du bilan des ENTREPRISES. Première étape à une évolution réellement importante de celles-ci.
Ecrit par : Jean-Philippe Teboul | 01.07.2008
Bonjour à tous,
J'ai plaisir à lire les articles et les commentaires qui sont une source de réflexion sans pareil.
N'oublions pas que l'humanité à une conscience, qu'elle a des joies et des souffrances. Que ces joies et ses souffrances lui apportent une expérience et cette expérience une évolution. Qu'ils le veuillent ou non, les états, les entreprises doivent répondre à la demande de l’humanité. Si demain, l’humanité décidait qu’il est intolérable de manger des œufs de poules élevées en batteries et qu’ils en achetaient de moins en moins, l’offre s'adapterait à ce nouvel état d’esprit, les éleveurs changeraient leur mode de production.
Pareil pour des sujets sociaux. N’oublions pas qu’il y a quelques années nous appelions un noir, un nègre et que les femmes n’avait pas le droit de vote, voir pire qu’elles étaient la possession de leurs maris. Ce ne sont pas les entreprises ou les états qui ont instauré ses nouveaux comportements, ils n’ont fait que s’adapter à l’opinion publique. C'est le combat des femmes et des hommes qui ont mené le changement.
L’humanité à plus de pouvoirs qu’elle ne le croit, dommage qu'elle ne s'en serve pas plus souvent !
Ecrit par : Didier LAURENT | 15.09.2008
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