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09.04.2008

Y’a le bon écolo et le mauvais écolo

Le bon écologiste est plutôt facile à repérer : Quel que soit le sujet de conversation initial, il finira de toute façon par vous expliquer la différence entre lui et le reste de l’Humanité.

Lui l'écologie, il la pratique. Il refuse l'avion autant que les fruits hors saison. Il rejette les fast food en général et les big mac en particulier. Et non seulement il commande directement chez le fermier et il recycle mais ce qui reste est composté.
Les autres se contentent d'être concernés, ces salauds.

Techniquement, il y a peu de chances que ces "ecogestes" puissent résoudre les problèmes écologiques d’actualité – en 2008, seules des lois nationales et surtout internationales ont les moyens de changer la réalité dans les délai impartis - mais néanmoins ce constat d'un faible nombre d'acteurs pour un grand nombre de bonnes volontés est vrai. C'est le "beaucoup de croyants, peu de pratiquants" de Nicolas Hulot.

Résorber ce grand écart pourrait avoir d'autres impacts que la démultiplication des tas de compost. Derrière bons comme mauvais écolos se cachent des électeurs dont les variations d'humeur et d'échelles de valeur restent les premiers vecteurs des futurs changements de politique de la communauté internationale.

Le texte ci-dessous s’intéresse aux raisons précises de ce décalage. Il les décrypte et – toute solution commençant par le repérage du problème - il interroge la manière d'agir des acteurs de l'écologie.


«Pourquoi nous ne faisons rien ? »
Georges Marshall
The Ecologist

«Malgré les nombreuses preuves de la dégradation du climat, l'opinion publique continue de ne rien faire. Comment expliquer cette apathie ?

Loin d'être poussés à accepter la réalité, les gens doivent au contraire en être arrachés", affirme Stanley Cohen dans son remarquable ouvrage States of Denial, Knowing About Atrocities and Suffering [La négation consciente face aux atrocités et à la souffrance]. Selon lui, la capacité de laisser faire et le refus de prise de conscience sont profondément implantés dans une société saturée d'informations.

Son analyse s'adapte idéalement à la réaction actuelle au réchauffement climatique. La "conscience" du problème est ancrée à tous les niveaux de la société : dans l'opinion publique (selon les sondages, 68 % des Américains y voient un problème grave) ; dans la communauté scientifique (comme le prouvent les lettres ouvertes régulièrement émises par les institutions scientifiques) ; dans les entreprises (avec des déclarations musclées de la part des PDG des compagnies pétrolières) ; chez de nombreux chefs d'Etat (discours aussi pieux que réguliers sur l'imminence du désastre).

Mais à un autre niveau, nous refusons ostensiblement d'admettre les implications de ce que nous savons. Au moment où Bill Clinton appelait à prendre des mesures urgentes, ses négociateurs s'activaient à torpiller un accord qui n'était que le pâle reflet de ses propres avertissements. Les journaux publient constamment de sinistres mises en garde quant à l'évolution du climat, tout en proposant quelques pages plus loin des articles invitant avec enthousiasme le lecteur à partir en week-end à Rio. Les gens, dont mes amis et ma famille, peuvent exprimer leur inquiétude avec gravité, puis aussitôt les oublier, acheter une nouvelle voiture, mettre la climatisation ou prendre l'avion pour partir en vacances.

En s'appuyant sur les travaux de Cohen, il est possible de déterminer l'existence de certains processus psychologiques transposés au changement climatique. Tout d'abord, il faut s'attendre à un rejet général quand le problème est d'une telle portée et d'une telle nature que la société ne dispose d'aucun mécanisme culturel pour l'accepter. Primo Levi, s'efforçant d'expliquer le fait que de nombreux juifs d'Europe aient pu refuser d'admettre la menace de l'extermination, citait un vieil adage allemand : "Les choses dont l'existence paraît moralement impossible ne peuvent exister."

Dans le cas du changement climatique, nous sommes intellectuellement capables d'en admettre l'évidence, tout en éprouvant les pires difficultés à accepter notre responsabilité pour un crime d'une telle proportion. De fait, la preuve la plus manifeste de notre volonté de déni réside dans notre incapacité à reconnaître que ce drame a une dimension morale, avec des coupables et des victimes identifiables. Les termes mêmes de "changement climatique", "réchauffement planétaire", "impacts humains" et "adaptation" constituent une forme de négation. Ces euphémismes sous-entendent que le changement climatique a pour origine des forces naturelles irréversibles plutôt qu'une relation directe de cause à effet ayant des implications morales pour le coupable. Ensuite, nous nous efforçons de diluer notre responsabilité. Cohen décrit en détail "l'effet de spectateur passif", qui fait qu'un crime violent peut être commis au beau milieu d'une foule sans que personne n'intervienne. Les gens attendent que quelqu'un d'autre agisse et subsument leur responsabilité dans celle du groupe. Plus les acteurs sont nombreux, moins il y aura de chance pour qu'un individu se sente capable d'agir unilatéralement. Dans le cas du changement climatique, nous sommes à la fois spectateurs et acteurs, et ce conflit interne ne peut que renforcer notre désir de négation.

Nous assistons donc à la négation de la conscience ("Je ne savais pas"), la négation de l'action ("Je n'ai rien fait"), celle de la capacité personnelle à intervenir ("Je ne pouvais rien faire", "personne ne faisait rien") et au rejet de la faute sur les autres ("c'étaient ceux qui avaient des grosses voitures, les Américains, les entreprises"). Pour les militants du monde entier, il est crucial de comprendre ces mécanismes afin de préparer une stratégie de campagne.

Bref, il ne suffit pas d'informer pour contrer ces réflexes. C'est là une réalité que l'on ne soulignera jamais assez. Les mouvements écologistes agissent comme autant de fossiles vivants surgis du siècle des Lumières, avec leur foi dans la force du savoir : "Si seulement les gens savaient, ils agiraient." Voilà pourquoi ils consacrent la majeure partie de leurs ressources à la production de rapports ou à la publication d'articles et d'éditoriaux dans les médias. Mais cette stratégie ne fonctionne pas. Les sondages révèlent un haut niveau de conscience, mais pratiquement aucun signe d'un changement de comportement. Au contraire, les indices de réactions négatives ne manquent pas, comme les appels à la baisse du prix des carburants et à davantage d'énergie

Cette absence de réaction publique s'intègre au cercle vicieux de l'autojustification du spectateur passif. "Si c'était vraiment aussi grave, sûr que quelqu'un ferait quelque chose", se disent les gens. Quiconque se sent concerné peut échapper au cercle vicieux de la négation pour rejoindre la poignée de gens qui ont d'ores et déjà choisi de ne plus être des spectateurs passifs. Le siècle dernier a été marqué par les mensonges et la négation de masse. Un exemple que le XXIe siècle n'est pas obligé de suivre. »

Commentaires

En fait, cela a aussi été contasté pour les campagnes de sensibilisation dans le cadre de la lutte contre le SIDA: on a beau organiser événements, manifestations, communiquer en masse, etc... l'interrogation dans la rue de jeunes ado ou jeunes adultes prouve que le message n'est pas passé: certains croient encore que prendre la pillule les protégera, qu'il existe déjà un vaccin, etc... Ce texte est donc très vrai! Je n'ai plus les chiffres exacts en tête, mais le pourcentage concernant ce genre de réponses était effrayant!
Merci JP!;-)

NB: je crois aussi trèèèès fortement aux politiques publiques pour faire avancer le schmilblick... mais pourquoi ceux qui sont concernés ne se contenteraient d'en rester là... Je connais nombre de personnes "engagées" qui au niveau personnel "ne pratiquent pas"!

Ecrit par : Anne-Sophie | 09.04.2008

Superbe cet article et il est d'autant plus intéressant qu'il rappelle une vérité oh trop vraie sur la nature humaine, qu'entre dire et faire, il y a une énorme différence et que l'être humain peut et est malheureusement pour la majorité lâche, égoïste et ignorant ( et là aussi comment se justifier aujourd'hui à l'époque de l'internet ) et que pour compenser les pires défauts de la majorité, la minorité doit se décarcasser pour faire face aux conséquences des actes des autres. Là est une vérité très dure à accepter et à vivre pour ceux qui ont un minimum de sensibilité et de respect pour notre planète.
Bon courage à tous ceux-là! Il ne faut pas arrêter le combat

Ecrit par : Corinne | 09.04.2008

bonjour,

l'article est fort intéressant, je cherche les sources dans les archives de the ecologist et ne les trouve pas. Serait-il possible d'indiquer des liens pour poursuivre la réflexion ?

pour info, sur la dernière note du CREDOC sur la maitrise de l'énergie tend à montrer que le confort est prioritaire aux contraintes de vie que demandent la maitrise de l'énergie. Par ailleurs sur le sujet énergétique ou maitrise des émissions carbone, la DGEMP indique que sans effort réglementaire et politique, il n'y avait aucun moyen que les émissions de CO2 baissent ...

Ecrit par : loulou | 09.04.2008

une petite question : le "vrai changement" consiste-t-il à recopier comme vulgaire potache des articles sur d'autres web sans les citer ?

l'article (sans les guillemets il est vrai !) se trouve sur :
http://www.econologie.com/mobile/news.php?lng=fr&id=11
et il date de 2004.

Ceci dit sans ce post, je ne l'aurai pas lu et ça n'enlève rien à la qualité du propos !!!

Ecrit par : georges | 09.04.2008

Je suis un peu ému : J'ai eu droit le même jour à mes premiers commentaires sur mon blog et à ma première accusation. :)

Je n'ai pas trouvé l'article de The Ecologist sur le site cité par Georges mais dans... The Ecologist comme indiqué dans le texte. Il date, je crois de bien avant 2004 et je suis en train de rechercher la référence précise.

Ecrit par : Jean-Philippe | 09.04.2008

salut,

Pour ma part, il n'y a ni "bons" ni "mauvais" écolos :-)

Ce débat à mon sens est trop court pour se simplifier ainsi. Je préfère nuancer.

Il y a ceux qui savent où ils vont et qui se bougent chacun à leur manière (comme Jean-Philippe ici présent, comme Anne-So ici aussi, comme tant d'autres avec ou sans "le melon qui explose"...), ceux qui ressentent les choses changer, voire vivent ces changements en profondeur, au-delà de la conscience, et ceux qui ne savent pas.

On ne pourra pas reprocher à ceux qui ne savent pas quel est leur réel impact sur leur entourage, la société, leur environnement, sur le vivant et le minéral, voire sur les spiritualités... :-)

Par contre, et je digresse, on se doit d'informer, d'accompagner, de montrer par l'exemple, chacun à son niveau, de respecter aussi la position de l'autre, quand bien même on a l'impression qu'elle nous détruit.

Evidemment, et je parle en général, chaque geste, chaque décision à son niveau personnel ou aux plus hauts niveaux des Etats et des Entreprises, ilmpacte directement sur la vie de chacun.

Quant aux actions d'écolos actifs et visibles qui tendraient à nuire à autrui, sans arrières pensées ni violence aucune, je pense que ces actions là ne sont pas sur un chemin juste et serein.

Oui, il faut lire entre les lignes parfois avec moi, comprenne qui pourra, sinon me contacter en privé :-)

Ecrit par : Mike - écolo pratiquant et amateur des propos engagés de JP | 17.04.2008

en parlant de ça , après avoir vu la manif du 12 juillet contre le nucléaire, j'ai une question : comment peut on se mobiliser de cette manière et continuer à être chez EDF qui est le patron du nucléaire ? Alors que maintenant il est possible (via enercoop) de complétement sortir de ce système et là concrètement de contribuer à construire l'alternative, enercoop n'a recueilli que 2000 clients parmis tous les anti nucléaires de France ?

Ecrit par : fcuignet | 16.07.2008

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